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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 11:21

vigne-du-seigneurLa fête du martyr de saint Irenée fut ce matin l'occasion d'entendre dans l'évangile selon saint Jean la métaphore de la vigne. Cette image utilisée par Jésus est une véritable métaphore pour dire le mystère de l'Eglise. Le concret de l'exemple qu'il donne doit nous conduire à comprendre ce qu'il en est des mystères que Dieu nous révèle. Dans notre cas, c'est l'Eglise, préfigurée par le peuple d'Israël et présentée sous les traits d'une vigne dont les sarments attachés au pied doivent donner du fruit ou être émondés.

Afin de saisir davantage encore la porté de cette métaphore, je vous propose en deux épisodes de nous pencher sur ce passage de l'évangile selon saint Jean. Bonne lecture.

 

La thématique de la vigne chez st Jean est  une petite part de son évangile mais elle porte en elle beaucoup de significations. Jésus utilise cette image au cours de son second discours d’adieu, après avoir lavé les pieds de ses disciples et avant que son heure ne soit accomplie. Très largement inspiré par les images vétérotestamentaires, st Jean « christologise » la figure de la vigne et donne aux disciples de découvrir comment en son absence, née de la mort et de la résurrection du Christ, la communauté chrétienne va devoir vivre.

L’objet de cette étude est de voir, à travers cette métaphore, comment st Jean met en place une ecclésiologie. S’appuyant sur les sources d’inspirations bibliques et une étude linéaire attentive, ce travail dégagera trois pistes de réflexion.

Dans un premier temps nous verrons comment la métaphore de la vigne qui manifeste l’Eglise s’insère dans l’économie du salut. Elle permettra aussi de dégager deux thématiques liées à l’Eglise : son unité et sa fécondité dans le Christ. Enfin, la troisième partie tentera de montrer que cette péricope met en valeur la place du Père qui est l’origine est le terme de l’Eglise. Ces trois pistes permettront de saisir les enjeux ecclésiologiques de la métaphore de la vigne chez st Jean. 

 

Analyse de Jn 15, 1-8, métaphore de la vigne

 

Sources d’inspiration biblique

Dans ce ch.15, st Jean emprunte une thématique agricole déjà bien présente dans l’ancien testament. Elle est à la source de nombreuses interprétations tant spirituelles que théologiques. Dans la bible, le thème se déploie en trois temps qui marquent aussi trois moments de l’histoire du salut. La vigne est tout d’abord donnée comme signe de bénédiction, de joie et de paix. Elle est ensuite l’image du peuple d’Israël que le Seigneur a plantée dans une terre. Enfin, dans le quatrième évangile, la vigne est le Christ lui-même.

 

Le signe de la bénédiction et le premier thème attaché à la figure de la vigne. Dès la sortie d’Egypte, lorsque le peuple s’apprête à entrer en terre promise, Moïse envoie des hommes en Canaan en leur demandant de reconnaître  le territoire et de rapporter des produits du pays. Le fruit qu’ils rapportent est justement une grappe de raisin dont les proportions semblent considérables. « […] ils y coupèrent un sarment et une grappe de raisin qu'ils emportèrent à deux, sur une perche, ainsi que des grenades et des figues. » Ainsi, ce fruit issu de la terre promise témoigne de la richesse du don que Dieu a préparé au peuple ; cette terre où coule le lait et le miel et où pousse la vigne. Cette importance donnée à la vigne remonte encore à Noé. Après le déluge, une fois sorti de l’arche, il commença à planter une vigne et à  la cultiver. Le premier acte qu’il pose sur cette « nouvelle terre », c’est de planter une vigne qui devient en quelque sorte ce symbole de la vie donnée aux hommes.

On peut noter que les premiers livres de la bible évoquent la vigne comme un signe de bénédiction, de vie luxuriante. Les prophètes et le psalmiste entendent davantage cette image comme une représentation du peuple d’Israël.

 

En effet, le psaume 80, des vv 9 à 20, présente la vigne du Seigneur en ces termes. Il ne laisse aucun doute quant à l’interprétation de cette allégorie. « Il était une vigne : tu l'arraches d'Egypte, tu chasses des nations pour la planter. » Le peuple d’Israël est ici figuré par la vigne que la droite du Seigneur reprend d’Egypte pour la placer dans la terre promise. Le prophète Osée reprend aussi cette allégorie : « Israël était une vigne luxuriante »

Quant à Isaïe, il utilise cette figure dans son chant de la vigne au ch. 27. L’allégorie est sans équivoque. Au v.7, il associe la vigne au peuple d’Israël. Le bien aimé a pris soin de sa vigne en lui prodiguant tous les soins nécessaires à son épanouissement. Cette vigne est destinée à porter du fruit mais malgré tous les moyens mis en œuvre pour, elle ne donne pas les fruits escomptés et attendus. Elle était promise à un bel avenir mais elle s’en est détournée. Le fruit attendu était l’innocence et c’est du sang qui coule ; à la place de la sérénité et de la justice retentit un cri d’horreur. Au ch.27, après la purification du peuple, Isaïe montre toute la miséricorde de Dieu. Il veut restaurer son domaine et accorder de nouveau sa bénédiction pour sa vigne.

« Ce jour-là, la vigne magnifique chantez-la! Moi, Yahvé, j'en suis le gardien, de temps en temps, je l'irrigue ; pour qu'on ne lui fasse pas de mal, nuit et jour je la garde. - Je n'ai plus de muraille. Qui va me réduire en ronces et en épines ? - Dans la guerre, je la foulerai, je la brûlerai en même temps. »

 

En ce qui concerne le prophète Jérémie, il exprime la déroute d’Israël. « Escaladez ses terrasses ! Détruisez ! Mais ne l'exterminez pas complètement ! Arrachez ses sarments, car ils n'appartiennent pas à Yahvé! » La vigne est assaillie et Dieu lui-même invite à la détruire mais sans l’exterminer. Il s’agit là d’arracher et de supprimer non pas les pieds mais les sarments, ceux qui ne portent pas de fruit ou de mauvais fruits. Ces sarments n’appartiennent pas à Dieu. On peut déjà apercevoir la thématique et l’interprétation johanniques de la figure de la vigne dans laquelle les sarments doivent être reliés au Christ lui-même. Jérémie fait d’autres allusions à cette vigne, au peuple qui se désagrège, détourné par les faux dieux. C’est ce que l’on trouve aux ch.6 et 12. « Ainsi parle Yahvé Sabaot : On va grappiller, grappiller comme sur une vigne, ce qui reste d'Israël. » ou encore : « Des pasteurs en grand nombre ont saccagé ma vigne, piétiné mon domaine, réduit mon domaine préféré en solitude désertique. »

 

La vigne d’Israël, le peuple choisi, est arrachée aux mains de Pharaon pour être replantée dans une terre où elle étend ses sarments jusqu’à la mer. « Il était une vigne : tu l'arraches d'Egypte,    tu chasses des nations pour la planter ; […] elle étendait ses sarments jusqu'à la mer. » Isaïe rappelle que cette vigne, dans le dessin de salut de Dieu doit porter du fruit car elle est créée pour la glorification de Dieu qui l’a établie. Les fruits qu’elle doit porter sont à la fois des fruits de paix, de justice et de fidélité à Dieu par la pratique de la loi. En outre, les mauvais fruits conduisent cette vigne à devenir un désert et c’est ce que Jérémie dénonce en Jr 2, 21. « Moi, cependant, je t'avais plantée comme un cep de choix, tout entier d'excellente semence. Comment t'es-tu changée pour moi en sauvageons d'une vigne étrangère? »

Cependant, Dieu, miséricordieux rachète sa vigne et retrouve pour elle toute son attention et lui donne de nouveau de porter des fruits, au point que la terre entière sera couverte  de récoltes. 

 

L’approche johannique de la vigne est quelque peu différente.  Alors que les implications restent sensiblement identiques, l’identification des éléments n’est plus la même. En effet, l’auteur n’utilise pas l’ensemble du répertoire lié à la vigne : le pressoir, le jus, le vin, la tour… mais il s’attache uniquement à un plant. A la différence des synoptiques, il utilise le terme grec « ampelos » au lieu de « ampelon ». Le premier traduit l’idée d’un plant unique alors que le second exprime davantage un domaine, la vigne au sens générique du terme. Par ce choix de terme, l’auteur maintient la singularité de Jésus tout en impliquant la pluralité en lui des sarments.

Ainsi, on verra dans l’étude à proprement parlé de la péricope que Jean opère deux changements dans l’approche de cette thématique de la vigne. Tout d’abord, la vigne ne désigne plus le peuple d’Israël racheté mais Jésus ; plus précisément Jésus et ses disciples qui sont présentés comme des sarments. Ce n’est plus l’histoire du salut du peuple d’Israël qu’évoque la vigne mais le Christ qui vient apporter le salut.

 

La péricope qui nous occupe commence dès les premiers versets du ch.15. Elle marque le début d’un nouveau discours, tant par la forme de l’affirmation du v.1 que par la finale du ch.14. On voit ici que l’auteur passe à un autre discours sans pour autant changer de thématique de fond. (cf. I.A.) La péricope s’achève, dans notre étude, au v.8 par l’évocation de la gloire du Père comme objet même de la productivité de la vigne.

 

Les huit versets s’articulent autour des deux affirmations de Jésus aux vv.1 et 5 et la nécessité  pour les sarments de porter du fruit aux vv. 4 et 8. Ainsi, le texte peut être découpé sommairement en deux parties de cette manière :

 

(a)         v.1 je suis la vigne véritable

                v.4 […] ne peut lui-même porter de fruit

(b)         v.5 je suis la vigne

                v.8 que vous portiez beaucoup de fruits

 

Les deux parties s’articulent de la même manière. S’appuyant sur l’affirmation du Christ, elles aboutissent sur l’exhortation à porter des fruits. Mais voyons plus en détail l’organisation de ce discours d’adieu.

Les vv.1-2 mettent en place la métaphore de la vigne.  En mettant en rapport la vigne, le Christ, et le vigneron ; le Père, l’auteur dispose les principaux éléments de compréhension de cette péricope. Le v.2, quant à lui met en avant la portée de cette métaphore : les sarments doivent porter du fruit. Dès les deux premiers versets, les personnes et figures symboliques associées sont présentes. Le v.3 apparaît comme un commentaire explicatif de la phrase précédente de Jésus au sujet de l’émondement des sarments, autrement dit de la purification. Le v.4 établit le rapport entre la métaphore et la vie des disciples du Christ. A trois reprises il utilise le verbe « demeurer » qui fait référence aux sarments attachés à la vigne. « Demeurer » marque la condition pour porter du fruit. Le sarment qui n’est pas sur la vigne ne peut porter de fruit. La seconde partie de ce passage débute donc avec cette seconde parole de Jésus en « ego eimi », je suis la vigne. Même si la formulation reste identique, le Christ ne se présente plus par rapport à son Père mais par rapport à ses disciples. C’est ce qui s’était déjà produit au v.2. Le v.5 donne un contenu à ce qui est dit de manière métaphorique dans les premières lignes du texte. Les sarments sont les disciples et plus précisément, ceux à qui Jésus s’adresse. Le v.6 fait écho au v.2 qui, utilisant la métaphore de la vigne décrivait l’avenir des sarments. Il développe la formule d’immanence présente au verset précédent et dessine déjà les traits de la portée eschatologique du « demeurer en Christ ». Le v.7 est intimement lié au v.6 puisqu’il en est la conséquence.  Enfin, le v.8 est le but, l’aboutissement d’une telle relation au Christ : que les « disciples » portent du fruit, que le Père soit glorifié et qu’ils deviennent ainsi de vrais disciples.

 

v.1 Mise en place de la métaphore de la vigne, rapport vigne/vigneron

v.2 Les sarments doivent porter du fruit, insistance sur cette « productivité » indispensable

v.3 Commentaire explicatif du développement de la métaphore concernant la purification

v.4 Rapport métaphorique entre les sarments et les disciples

v.5 Seconde parole de Jésus en « ego eimi » établissant le rapport Christ/disciples

v.6 Portée eschatologique du demeurer en Christ

v.7 Implication et conséquences du demeurer en Christ

v.8 But et objet de la vie des disciples

 

Dans cette péricope de la vigne véritable, l’étude des paroles attribuées aux différents personnages permet de saisir la portée de cette métaphore. En effet, le discours de Jésus s’articule autour de trois protagonistes que sont le Père, le Fils et ses disciples. Relevons et analysons les passages où ces acteurs sont présentés.

 

Considérons dans un premier temps la figure du Christ. La péricope s’ouvre sur  cette phrase de Jésus : « Je suis la vigne véritable » et qui poursuit en s’associant à son Père qui en est le propriétaire : « mon Père est le vigneron ».  La relation entre le Père et le Christ est mise en place dès le premier verset et elle est fondamentale pour la suite car elle conditionne la relation des disciples au Christ. Le v.2 introduit les disciples dans cette relation du Père et du Fils puisqu’ils sont les sarments fixés sur la vigne qu’est le Christ et dont le Père est le vigneron. Les deux premiers versets marquent cette intimité du Père et du Fils. C’est cette même intimité que les disciples sont appelés à vivre en demeurant dans le Christ. C’est à lui qu’ils doivent s’attacher pour porter du fruit et même « beaucoup de fruits ». Les versets 3 à 7 développent cette relation du Christ et de ses disciples. Jésus, par cette métaphore, montre combien les disciples ne peuvent rien sans lui et qu’ils doivent y être unis.

A deux reprises, l’auteur insiste sur la parole que le Christ a fait entendre à ses disciples. Au v.3 : « vous êtes tous purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre ». Au v.7,  la parole est associée à l’attachement des disciples au Christ et à l’exaucement des prières. D’une part, la parole du Christ purifie les disciples et si elle demeure en eux et eux en Jésus, ils seront exaucés. C’est cette même parole qui nourrira alors leur prière.

Au v.1 le Christ se présente étant la vigne véritable en associant le Père qui est le vigneron. Au v.5, il ne se présente plus en lien avec son Père mais avec ses disciples, les sarments.

 

En ce qui concerne les disciples, le Christ ne parle d’eux explicitement qu’au verset 3 en s’adressant à eux au sujet de leur purification : « déjà vous êtes purs ». Jusqu’au v.7, le Christ s’adresse à eux en les exhortant à demeurer en lui en vue de leur fructification. Ainsi, il est appelé à accueillir sa parole et à porter du fruit.

 

Quant au Père, il est présenté au début prenant la figure du vigneron, celui qui émonde et enlève les sarments qui ne portent pas de fruit. Il n’en est pas fait mention dans la suite, seule la relation sarment/vigne autrement dit disciples/Christ est développée. C’est dans l’aboutissement de cette relation entre le disciple et le Christ lui-même que Jésus mentionne de nouveau son Père. Si les disciples doivent être liés à Jésus et porter du fruit en gardant sa parole, c’est pour que le Père soit glorifié. Tel un vigneron honoré pour le fruit de sa récolte grâce à de bons sarments, ainsi le Père sera glorifié.

 

L’évangéliste, au v.8, synthétise admirablement les enjeux « relationnels ». Celui qui devient disciples, c'est-à-dire demeure dans le Christ et porte beaucoup de fruit, celui-là rend gloire à Dieu son Père. On touche ici à l’économie du salut dans la mesure où le Christ envoyé par le Père aux hommes, les conduit par sa parole pour la plus grande gloire de Dieu.

 

Métaphore de la vigne

 

La métaphore de la vigne peut être appelée ainsi puisqu’elle vise à identifier Jésus à une réalité. Il n’est pas comme telle ou telle chose mais il est. St Jean utilise dans cette péricope une formulation qui lui est bien connue puisqu’on la retrouve à huit reprises dans son évangile. La parole « Ego eimi » suivie d’un prédicat est une formule de révélation qui exprime qui est Jésus dans son rapport aux hommes dans le dessein de salut de Dieu.  « Je suis le pain de vie » (Jn 6, 35), « je suis la porte des brebis » (Jn 10, 7), » Je suis le bon pasteur « (Jn 10, 11), « Je suis la résurrection » (Jn 11, 25), «  Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie » (Jn 14, 6),  « je suis la vigne véritable » (Jn 15,1 ;5). Lorsque l’on regarde chacune de ses occurrences, on voit que seule celle citée en Jn 11, 25 n’est pas une figure concrète mais les autres portent en elles tout un ensemble de valeurs symboliques. L’occurrence qui nous intéresse dans cette étude se distingue des autres du fait qu’elle fait référence à une figure collective. Autrefois associée au peuple d’Israël, elle est ici attribuée au Christ. Cependant cette figure collective apparaît toujours à travers les sarments qui représentent les disciples.

 

 

Ce second discours d’adieu s’ouvre par cette parole de Jésus : « je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron ». La formule employée par st Jean en « ego eimi » est déjà forte de signification puisque, comme on l’a vu plus haut, elle est utilisée par Jésus pour s’identifier à une figure concrète. A cette formulation, il faut ajouter l’adjectif « vrai » qui donne davantage d’importance encore à cette affirmation. La vigne est la figure traditionnelle et vétérotestamentaire du peuple d’Israël, or, la précision qu’apporte l’adjectif permet de définir la vigne du Christ comme La Vigne. Il introduit l’idée d’accomplissement et d’exclusivité. Il en va de même en Jn 6, 32. Jésus en se présentant comme le pain véritable veut montrer qu’il est Le Pain descendu du ciel. Il dépasse la manne qu’ont reçue les Israélites, il accomplit la figure de la manne et les promesses de la Loi. C’est bien ce qui se produit dans ce premier verset, Jésus, vigne du Père, accomplit la figure de la vigne d’Israël. Ce premier verset exprime aussi dans cette dynamique vétérotestamentaire la subordination de la vigne au vigneron, c'est-à-dire, la subordination du peuple à Dieu. Pour st Jean, le vis-à-vis est le Fils lui-même, ce qui implique alors que la figure du peuple, qui ne disparaît pas, est contenue dans le Fils. En associant le Christ et l’image biblique de la vigne, l’évangéliste l’expose comme l’objet de l’élection divine, le lieu de la présence de Dieu. D’autre part, la relation vigne/vigneron met en valeur la dépendance du Fils vis-à-vis du Père. En cela, Jésus n’est la vraie vigne que parce qu’il vient de Dieu.

Le v.2 prolonge la mise en place de la métaphore en focalisant l’attention sur le travail du vigneron sur sa vigne pour que ses sarments portent du fruit. L’auteur introduit le troisième acteur de cette péricope : les sarments, figure des croyants. Le v.2, au-delà de développer la métaphore, donne à ce texte son orientation. A trois reprises la « productivité » des sarments est mentionnée. On passe successivement du constat que certains sarments ne portent pas de fruit et ceux-là, le vigneron les enlève. Ceux qui portent du fruit, il les taille pour qu’ils en portent davantage. L’accent est mis sur les fruits que portent les sarments liés à la vigne.

 

Le v.3 sort du déploiement de la métaphore et introduit un commentaire sur le verset qui précède. Dans le contexte de l’évangile, cette parole, recourant à la deuxième personne du pluriel, s’adresse aux disciples présents et dans le contexte de la rédaction de l’évangile,  ses lecteurs. La question de la purification est intimement liée à la parole de Dieu qu’ils ont reçue. « Vous êtes purs grâce à la parole […] » Il ne s’agit pas d’une purification rituelle mais d’une purification intérieure  de ceux qui accueillent la parole. Déjà au ch. 13, lors du lavement des pieds, Jésus affirmait à Pierre : « vous, vous êtes purs » La pureté ne consiste donc pas à accomplir un acte particulier, ni d’une qualité du disciple mais du seul don de la révélation. Ainsi, la nécessité de porter du fruit va de pair avec la réception de la parole de Dieu qui seule opère le salut, donne de porter des fruits. Ce verset précise l’auditoire de cet évangile. Ceux qui sont purs sont donc les chrétiens, ceux qui ont suivi l’enseignement des premiers disciples. Après l’affirmation de Jésus au sujet de la pureté, il adresse au v.4 une injonction à ses disciples : « Demeurez en moi comme moi en vous »  L’apparition du verbe demeurer est encore lié à la possibilité de porter du fruit. Si le sarment ne demeure sur la vigne il ne peut porter de fruit. Il en va de même pour le disciple s’il ne demeure en Jésus. L’injonction de Jésus n’est pas une invitation à porter du fruit, l’impératif ne concerne pas la productivité mais la relation au Christ. Reprenant la métaphore de la vigne laissée de côté au v.3, l’auteur marque l’importance de cette relation au Christ sans laquelle l’homme ne peut rien. Il dénonce l’illusion de l’autonomie. Le sarment seul ne peut porter de fruit, il en va de même pour le croyant qui ne compte que sur ses propres forces.

 

Si le verset 1 introduit la métaphore de la vigne en posant la relation du Père et du Fils (vigne/vigneron), le verset 5 reprend la métaphore en posant la relation du Fils avec ses disciples (vigne/sarments). Il ne laisse plus de doute sur l’identification des disciples aux sarments. Ce v.5 apparaît comme une synthèse des versets précédents voire la pointe même du récit. L’accent est mis sur la relation des disciples au Christ tels des sarments à une vigne. On serait tenté de dire qu’un sarment fait forcément partie de la vigne mais si l’auteur les distingue pour les associer c’est qu’il veut montrer que l’appartenance au Christ est nécessaire et irréversible. La première partie de cette péricope parle des fruits que les sarments doivent porter. Au v.5, il ne s’agit plus de porter du fruit mais « beaucoup de fruit ». Par ailleurs, le v.5 réaffirme la nécessité de demeurer dans le Christ, car hors de lui rien n’est possible ; seule la relation au Christ est source de vie. Dans cette affirmation, on entend résonner ce verset du prologue : « Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut. » Il ne faut comprendre que le disciple est incapable de quoi que ce soit mais il s’agit pour le disciple d’accueillir en lui l’activité de Jésus et de permettre ainsi à l’amour de susciter la vie.

 

Les versets 6 et 7 tendent le récit vers l’eschatologie. La thématique du jugement apparaît à travers trois images bibliques traditionnelles : ramasser, jeter au feu, jeter dehors. L’auteur applique le champ lexical adapté au monde agricole, faisant ainsi le lien avec la métaphore de départ. Là encore, il utilise des images tant vétérotestamentaires qu’évangéliques et apocalyptiques pour montrer les conséquences d’une séparation d’avec Jésus. « La séparation implique le rejet eschatologique ». Les images utilisées sont dures et elles montrent ainsi la gravité d’une telle séparation qui conduit à la mort. « […] et celui qui ne se trouva pas inscrit dans le livre de vie, on le jeta dans l'étang de feu. » Cette citation de l’apocalypse montre bien combien ce verset 6 est tendu vers l’eschatologie de ce livre et utilise cette même symbolique du feu qui consume les impies. Cependant, pour X. Léon-Dufour, il ne faut pas voir ici, dans le feu, une image de l’enfer qui, pour st Jean, ne semble pas exister. Il faut plutôt y voir l’image de la mort ; la déconnexion d’avec la source de la vie. Jésus ne laisse pas de choix intermédiaire entre porter du fruit et se dessécher. Les deux issues dépendent de la réponse personnelle du sarment. Mais le jugement dont parle Jean dans ce verset n’est pas situé à la fin des temps mais au temps présent de l’existence de la communauté à qui il s’adresse.

Le verset qui suit voit réapparaitre « la parole » déjà évoquée au v.3. Sa réception par les disciples est une des deux conditions de l’exaucement de la prière. Il faut que la parole du Christ demeure en eux et qu’ils demeurent en Lui. Demeurer dans le Christ c’est être fidèle à ses paroles. C’est dans cette relation particulière et intime que le Christ  renouvelle cette promesse de l’exaucement des prières.

 

Le verset 8 constitue la conclusion de cette métaphore de la vigne. Les implications seront développées dans la suite mais l’image de la vigne apporte au v.8 son but. C’est la glorification du Père qui est au cœur de cette métaphore et qui jaillit à la fin du texte. Il est glorifié par les fruits que portent ceux qui deviennent des disciples de son Fils. Reprenant la formulation du v.5, il ne s’agit plus de porter du fruit mais beaucoup de fruit. Porter du fruit signifie donc que le Père est manifesté dans le monde par la vie des disciples. L’agir fructueux des disciples est le signe de leur appartenance au Christ.

 

Nb 13, 20-24

Ps 80, 9

Os 10, 1

Cf. Maurice Cocagnac, Les symboles bibliques, Cerf, 1999, pp. 154-156

Is 27, 2-4

Jr 5, 10

Jr 6,9

Jr 12,10

Ps 80, 9-12

Cf. Xavier Léon-Dufour, Lecture de l’Evangile selon St Jean, tome III, (Parole de Dieu), Seuil, Paris, 1987-1996

Jn 15, 1

Cf. I. de La Potterie, La vérité dans st Jean, 2 tomes, Rome, 1977, cité par X. Léon-Dufour, Lecture de l’évangile selon Jean vol 3.

Jn 13, 10

Jean Zumstein, L’évangile selon st Jean (13-21), Commentaire du Nouveau Testament, Labor et fides, Genève, 2008, p101

Jn 1, 3

Cf. Xavier Léon-Dufour, Lecture de l’Evangile selon St Jean, tome III, (Parole de Dieu), Seuil, Paris, 1987-1996, p169

Cf. « jeter au feu » : Mt 3, 10 ; « ramasser, brûler » : Mt 3, 12 ; 13, 40-42, « être jeté dehors » : Mt 5, 13 ; 25, 30 ; « le feu éternel » : Mt 3, 10 ; 13, 42-50 ;

Ap 19, 20 ; 20, 10-15

Jean Zumstein, L’évangile selon st Jean (13-21), Commentaire du Nouveau Testament, Labor et fides, Genève, 2008, p102

Ap 20, 15

Déjà au cours du premier discours d’adieu, le Christ donnait à ses disciples l’assurance de l’exaucement des prières : « Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils. Si vous me demandez quelque chose en mon nom, je le ferai. » (Jn 14, 13-14)

Cf. Jean Zumstein, L’évangile selon st Jean (13-21), Commentaire du Nouveau Testament, Labor et fides, Genève, 2008, p103

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Published by Paroisse saint Vincent de Paul - dans COMPRENDRE
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